Education, vous avez dit éducation ?

Lundi 9 janvier, j’ai assisté pour la première fois à la réunion annuelle organisée par le Président du département afin de réunion réunir l’ensemble des principaux et principaux adjoints des collèges du département. (Je n’avais pas pu être disponible l’an dernier, lors de la première de ces réunions sous l’ère du Président Bonneau).

Après 2h30 au sein de l’hémicycle, je suis sorti groggy, goguenard, dépité et révolté tout à la foi.

Plus qu’une réunion d’échange, plus que des discussions sur l’avenir de nos collèges et des élèves qui les fréquentent, nous avons assisté à un quasi monologue du Président.

Tout d’abord pour rappeler, une fois n’est pas coutume, que les moyens sont contraints en raison des réductions de dotation de l’Etat (il est néanmoins possible de trouver 24M d’euros pour le Très Haut Débit mais passons…).
Puis, pour nous parler pendant plus d’une demi-heure (si si !) des différents choix concernant les vêtements des agents du Département affectés au sein des collèges de Charente : type de tenue, nombre de tenues par agent, couleurs des tenues par corps de métiers… Le tout avec force de précisions, chiffres de sondage à l’appui etc… Ca vous fait rire ? Vous ne me croyez pas… Je peux comprendre, j’ai du me faire confirmer par ma voisine que j’entendais bien et comprenais bien ce qui était en train de se jouer.
Et lorsqu’au bout de longues minutes un principal de collège intervient pour s’inquiéter des délais de remplacement lorsqu’un agent est absent (pendant parfois plus d’un mois) et de l’impact que cela peut avoir sur le service et notamment sur la qualité de l’accueil des élèves, le Président prend la parole : « Je note votre question, je comprends le sens de votre demande. On reviendra vers vous sur le sujet. Sinon, les personnels de cuisine porteront un pantalon noir et un tablier blanc puisque ce sont les couleurs qui sont ressorties lors du sondage que nous avons réalisé ».

Intervient ensuite un représentant du syndicat des chefs d’établissement pour s’inquiéter des rumeurs nombreuses concernant les projets de fermetures d’établissements relatés ces derniers mois dans la presse quotidienne régionale et d’insister sur l’ambiance très dégradée que cela engendrait au sein des équipes. Réponse pour le moins courte du Président : rien n’est décidé, des compléments d’études ont été commandés à l’INSEE afin d’affiner les chiffres présentés dans leur premier document. Nous communiquerons sur ces chiffres dans les prochaines semaines puis lancerons les concertations s’il devait être envisagé des fermetures.

Le DASEN qui était présent à cette réunion à ensuite pris la parole pour exposer des situations extrêmes vécues par quelques rares établissements au sein desquels une seule classe était constituée par niveau et d’indiquer que ces conditions sont loin d’être idéales pour les élèves, ce avec quoi il est effectivement difficile de ne pas être d’accord. Il est ensuite revenu sur des nombreuses places non occupées notamment sur des dispositifs spécifiques.

Bref, 2h30 de discussion, à aucun moment l’évocation du moindre embryon de projet en matière d’éducation, de contribution à la lutte contre l’échec scolaire, à la mise en oeuvre de politiques de soutien, d’accompagnement des élèves et familles les plus vulnérables. Rien.

Pour ma part, avec quelques collègues du groupe d’opposition, j’ai à de nombreuses reprises demandé au Président que soit constitué un groupe de travail transversal regroupant l’éducation, la culture, la solidarité, le social afin de mettre sur pied des politiques novatrices et adaptées à la situation de notre territoire : fort taux d’illettrisme, ruralité, forte disparité sociale.

Depuis le début de leur mandat, le Président et sa majorité se plaignent à qui veut l’entendre que le coût des prestations sociales et le reste à charge financé par le Département sur notamment le RSA devient insupportable.
Il est évident aujourd’hui que la rupture sociale va de pair avec la rupture scolaire. Que la plupart des élèves en grandes difficultés, en décrochage seront demain les mêmes que nous retrouverons en rupture sociale. Il me semble donc capital que le Département, notamment au titre de sa compétence principale qu’est la solidarité et l’accompagnement social s’engage pleinement dans la prévention et la lutte contre l’échec scolaire.

En mettant en place des dispositifs pluriannuels, préparés à la fois avec les équipes de l’éducation nationale mais aussi avec les services culturel, touristique, sportif du département, il est tout à fait possible pour des coûts très raisonnables de mener des actions nouvelles et novatrices afin, à défaut de régler le problème de l’échec scolaire, d’essayer, de prendre l’initiative, de s’engager, d’avancer pour tenter d’améliorer la situation de l’ensemble de nos élèves charentais. Ils le méritent et pour ma part, je prendrais plus de plaisir à participer à ce genre de défi qu’à écouter pendant plus d’une demi-heure François Bonneau nous évoquer les vêtements des agents du département.

2 réflexions au sujet de « Education, vous avez dit éducation ? »

  1. > des situations extrêmes vécues par quelques rares établissements au sein desquels une seule classe était constituée par niveau et d’indiquer que ces conditions sont loin d’être idéales pour les élèves, ce avec quoi il est effectivement difficile de ne pas être d’accord

    Pouvez-vous approfondir votre appréciation ? En quoi une seule classe par niveau constitue des conditions loin d’être idéales pour les élèves ?

    Merci.
    Un parent d’élève en milieu rural…

    1. Bonjour, en fait, je considère que l’on doit prêter une attention particulière à ce que le collège qui n’est « qu’un maillon » du parcours scolaire, soit un maillon qui prépare au(x) suivant(s). J’admets donc que je m’interroge sur le fait qu’un élève passe 4 ans (au moins) de sa scolarité, en ne fréquentant toujours que les mêmes camarades de classe (une seule classe par niveau) et en ne voyant toujours que le même petit nombre de professeurs. Ce fonctionnement est très éloigné de ce qu’il connaîtra, notamment s’il poursuit dans la voie générale au lycée où il sera amené à vivre dans un contexte très différent. Je n’ai pas de solution ou d’avis tranché. Cette situation m’interpelle juste et m’amène à m’interroger. En espérant avoir été clair sur le sens de mon propos !

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